Enquête : 16 000 noms et quelques formulaires, comment fonctionne l’usine à faux avis sur l’investissement

Mis à jour le 7 novembre 2026 · 7 min de lecture

Dans cet article
  1. Ce que nous avons fait
  2. Un formulaire aux mille noms
  3. Les titres sortent d’un modèle
  4. Un domaine tombe, un autre le remplace en quelques heures
  5. Les avis arrivent souvent avant la publicité
  6. Au-delà des sites d’avis
  7. Ce que cela signifie pour vous
  8. Limites de cette enquête

En bref : quand on voit une publicité d’investissement et qu’on cherche des « avis » sur la plateforme, on finit souvent sur une page d’avis. Nous avons parcouru 49 028 pages de 9 sites d’avis. Elles contiennent 45 224 liens d’inscription portant plus de 16 000 noms de plateformes, mais ces liens passent par seulement 4 domaines intermédiaires. Et 229 des 256 plateformes que nous avons détectées dans des publicités (89 %) ont des avis sur ces sites. Ces pages sont la deuxième partie de la publicité.

Ce que nous avons fait

Entre le 5 et le 6 novembre 2026, nous avons lu sous forme de texte les pages de 9 sites qui publient des avis en série, sans remplir aucun formulaire. Nous avons ensuite cherché sur Google et Google Vidéos chaque plateforme de notre base de données, en excluant ces 9 sites pour en trouver d’autres. Nous avons essayé d’ouvrir 1 602 de ces pages pour voir vers où elles renvoyaient, et 1 050 ont répondu.

Domaine intermédiaire Liens distincts Noms de plateformes Sites d’avis qui l’utilisent
coinpulse[.]cc 28 600 10 614 3
profitpath[.]cc 8 298 3 997 4
crystalpinefinance[.]com 6 969 6 529 1
scaleforce-platform[.]com 275 266 1

Un même nom peut apparaître sur plusieurs domaines : ces chiffres ne s’additionnent donc pas.

Important : la présence d’un nom sur ces sites ne prouve pas que la plateforme est une arnaque. Ces sites utilisent aussi les noms d’entreprises réelles et de produits connus, parce que les gens les recherchent. C’est pourquoi nous ne publions pas la liste complète. Ce que nous pouvons affirmer, en revanche, c’est l’endroit où mène le bouton.

Un formulaire aux mille noms

La plupart de ces liens aboutissent à une page d’inscription qui prend le nom que lui transmet le lien. Si le lien dit « Plateforme A », la page s’appelle Plateforme A. S’il dit « Plateforme B », elle s’appelle Plateforme B. Le formulaire, qui demande une adresse e-mail et un numéro de téléphone, reste le même.

Voilà pourquoi une telle « plateforme » n’a pas besoin d’exister. Ce peut être un simple mot dans un lien. Et voilà pourquoi changer de nom leur coûte si peu : quand un régulateur met en garde contre un nom, ils en utilisent un autre dès le lendemain.

Nous avons aussi trouvé des sites qui affichent toujours la même marque, quelle que soit la plateforme de l’avis. Qui lit un avis sur l’une se retrouve sur une autre, qui promet des revenus et lui demande d’attendre l’appel d’un « conseiller personnel ».

Les titres sortent d’un modèle

Sur un seul de ces sites, les 9 706 avis en anglais utilisent neuf titres répartis de façon presque égale : « Scam or Safe? », « Real or Fake? », « Legit or Not? », « Smart Move or Mistake? », « Trustworthy or Trash? », « Worth It or Not? », « Good Deal or Bad Deal? », « Verified or Unverified? » et « Safe Bet or Risky? ». Chacun apparaît entre 1 020 et 1 108 fois.

Le titre pose exactement la question que se pose le lecteur, pour arriver en tête quand il cherche « [nom] arnaque ». Aucune rédaction ne publie des milliers d’analyses avec neuf titres.

Et le rythme n’a rien d’humain. En août 2026, ces sites ont publié 533 avis datés. En septembre, ils en ont publié 10 422, et en octobre, 13 114.

Un domaine tombe, un autre le remplace en quelques heures

Pendant cette enquête, nous avons vu comment le réseau se défend. Le 5 novembre, les liens de coinpulse[.]cc menaient à kryptofokus[.]co. Cette nuit-là, le domaine a été suspendu par le registre. Moins de 14 heures plus tard, les mêmes liens menaient déjà à un autre domaine, profitflex[.]co, et les pages d’avis n’avaient pas changé.

C’est tout le rôle du domaine intermédiaire : il permet de changer d’un coup la destination de dizaines de milliers de liens. Par ailleurs, ces deux domaines ont été créés à la même seconde, le 11 août 2026. Les deux domaines intermédiaires de cette branche ont eux aussi été créés en même temps, neuf secondes plus tôt.

Les avis arrivent souvent avant la publicité

Pour 144 plateformes, le premier avis daté est antérieur à la première publicité que nous avons détectée. L’avance médiane est de 29 jours, et dans 37 cas elle dépasse trois mois.

Ce chiffre est à lire avec prudence : nous avons commencé à surveiller les publicités le 26 octobre 2026, et nous ne savons donc pas s’il y en a eu d’autres avant. Mais la conclusion pratique est claire : qu’une plateforme ait des avis vieux de plusieurs mois ne veut pas dire qu’elle est ancienne ni fiable.

Au-delà des sites d’avis

En cherchant en dehors de ces 9 sites, nous avons découvert trois autres méthodes.

Des blogs gratuits au nom d’une célébrité. L’adresse de certains blogs combine le nom d’une personnalité et celui de la plateforme, pour capter ceux qui cherchent les deux ensemble après avoir vu la publicité. On retrouve le même procédé sur des services gratuits d’expositions numériques, de notes et de vidéos. Leurs liens passent par un autre groupe de domaines (monexory[.]com, capitalorya[.]com, fundevora[.]com, prosperityora[.]com), avec le même format et les mêmes codes répétés d’un domaine à l’autre.

Ces domaines partagent leur bureau d’enregistrement et leurs serveurs de noms avec plusieurs de ceux qui apparaissent dans des vidéos YouTube, comme fynvexes[.]com. Cela suggère une gestion commune, sans le démontrer. Ouverts directement, ils répondent « introuvable », tout comme fynvexes[.]com : nous n’avons pas pu voir vers qui ils renvoient.

Des sites légitimes détournés. Nous avons trouvé des pages d’avis déposées sur des sites de tiers : cabinets d’avocats, petites entreprises et sites d’organismes publics et d’universités. L’adresse semble être celle de l’institution, mais le contenu vient de l’extérieur. Nous avions déjà documenté cette technique sur des sites d’universités. Leurs propriétaires sont des victimes : c’est pourquoi nous ne les nommons pas ici.

Des sites « officiels » en série. Lors de cette vérification, nous avons ajouté 106 sites avec formulaire aux fiches des plateformes. Nous comptons désormais 1 098 domaines associés à nos 256 plateformes. Beaucoup portent le nom d’un pays ou utilisent des extensions bon marché, et plusieurs contiennent des mots sans rapport avec la plateforme.

Ce que cela signifie pour vous

  1. Les avis ne permettent pas de vérifier une plateforme vue dans une publicité. Cherchez dans le registre du régulateur de votre pays, pas sur Google.
  2. Regardez ce qu’il y a à la fin de l’avis. Si le bouton mène à un formulaire qui demande votre numéro de téléphone, ce n’est pas une opinion indépendante. Vous trouverez d’autres signaux dans comment reconnaître les faux avis.
  3. Ne vous fiez pas à la date. Un avis ancien ne prouve pas que l’entreprise existe depuis cette époque.
  4. Le nom compte peu. Même s’il ne figure dans aucune mise en garde, il peut s’agir de la même arnaque sous un autre nom. Nous l’expliquons dans pourquoi elles changent de nom.

Si vous avez déjà laissé votre numéro de téléphone ou payé, suivez le guide pour les victimes.

Limites de cette enquête

  • Nous avons seulement lu le texte des pages : nous n’avons rempli aucun formulaire ni parlé à personne du réseau.
  • Nous ne pouvons pas affirmer que tous ces sites ont le même propriétaire. Les données montrent des outils et des pratiques communs.
  • Nous n’avons pas vérifié chacun des 45 224 liens : nous avons contrôlé des échantillons de chaque domaine intermédiaire.
  • Un site d’avis a bloqué une partie de notre lecture et a été écarté.
  • Les recherches montrent ce que Google affiche, pas tout ce qui existe. Les chiffres sont un minimum.
Résumé hebdomadaire des plateformes d’investissement frauduleuses que nous détectons dans les publicités sur les réseaux sociaux.Lire le rapport de la semaine →

Déjà inscrit ou déjà payé ?

  1. Ne payez plus rien, même si l’on vous réclame des « taxes » ou des « frais » pour débloquer votre argent.
  2. Appelez votre banque aujourd’hui : faites bloquer votre carte et demandez une rétrofacturation (chargeback) ou le rappel du virement. Plus vous agissez vite, plus vos chances sont grandes.
  3. N’installez rien de ce qu’ils demandent (AnyDesk, TeamViewer…). Si c’est déjà fait, désinstallez le logiciel et changez vos mots de passe.
  4. Portez plainte auprès de la police et signalez-le au régulateur de votre pays. Conservez captures d’écran, e-mails et numéros de téléphone.
  5. Méfiez-vous des sociétés de « récupération de fonds » qui vous promettront de récupérer votre argent contre paiement : c’est presque toujours une seconde arnaque.

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Guides sur les arnaques à l’investissement