Pourquoi les plateformes frauduleuses changent sans cesse de nom

Mis à jour le 7 novembre 2026 · 4 min de lecture

Dans cet article
  1. Des noms qui sonnent « argent » dans votre langue
  2. Des familles de noms
  3. Le même site, trois noms en une semaine
  4. Tout est prêt avant la publicité
  5. Comment les reconnaître même si le nom change
  6. Méthodologie

En bref : si vous cherchez sur Google le nom d’une plateforme vue dans une publicité avec une célébrité et que vous ne trouvez presque rien, le plus probable est que le nom ait été inventé il y a quelques jours. Sur les 201 plateformes que nous avons recensées, 94 ne sont apparues dans des publicités qu’un seul jour. Les escrocs changent de nom en permanence pour qu’aucun avis négatif ni aucune mise en garde d’un régulateur ne soit jamais associé au nom que vous avez sous les yeux.

Des noms qui sonnent « argent » dans votre langue

Les noms ne sont pas choisis au hasard. Ils combinent presque toujours une racine financière de la langue du pays et une terminaison inventée, pour évoquer un établissement sérieux et local :

Pays Exemples Racine
Italie Bussola Renditura, Forte Rendovale, Renditella, Rendivanto rendita, rendimento (rente, rendement)
France Fonds Thesorelle, Épargniture, Rentaurel, Patrivelle trésor, épargne, rente, patrimoine
Espagne Lacrecencia, Provechalvo, Valimórica crecer (croître), provecho (profit), valor (valeur)
Turquie Rehinleşim, Vadeleşim, Varlaşım, Verimdaş rehin (gage), vade (échéance), varlık (actif), verim (rendement)
Suisse et Allemagne Zinselturat, Vermögvent, Anteilwart Group Zins (intérêt), Vermögen (patrimoine), Anteil (part)
Royaume-Uni PoundLedgerix, Level Worthanden, Candor Bondimary pound (livre sterling), ledger (registre comptable), worth (valeur), bond (obligation)

Autre variante : les noms « technologiques » génériques (Quantum AI, Immediate Edge, Trade X), réutilisés pendant des mois dans des dizaines de pays avec de légères variations.

Des familles de noms

Beaucoup de plateformes gardent un mot et changent l’autre, comme des produits d’une même marque : Candor Bondimary et Candor Dividholden ; Meer Dividbrook et Meer Equityaris ; Stake Lispro 0.7 et Stake Manerix 0.6 ; Sereno Medrencia, Sereno Plazadura et Próvida Medrencia ; Swaptairis et Swaptivence. Dès qu’un nom commence à avoir mauvaise réputation, son « petit frère » apparaît.

Le même site, trois noms en une semaine

Le cas le plus net, nous l’avons observé en Suisse. La même page d’atterrissage, sur un domaine qui imite celui de la télévision publique suisse RTS (rtsneews[.]pro), a servi pour Gageolance, annoncée du 27 octobre au 2 novembre, pour Anteilwart Group, à partir du 2 novembre, et pour Scellérance, le 3 novembre. Même faux article, même formulaire : seul le nom change. Au total, 9 pages d’atterrissage de notre base ont été utilisées pour deux ou trois plateformes différentes.

C’est la même chose avec les célébrités : deux plateformes qui utilisent les deux mêmes célébrités relèvent généralement de la même campagne. C’est pourquoi nous regroupons les plateformes liées en réseaux.

Tout est prêt avant la publicité

Le changement de nom n’a rien d’improvisé. Avant même que nous voyions la première publicité, tout le nécessaire existe déjà :

  • Des avis positifs. Dans les 77 cas où nous avons pu dater le premier « avis » publié sur des sites d’avis en série, il était antérieur à la première publicité : de 22 jours en médiane, et jusqu’à 95 jours. Ainsi, qui cherche le nom trouve des avis favorables dès le premier jour. Nous l’expliquons dans Faux avis sur les plateformes d’investissement.
  • Des centaines de domaines. Nous avons identifié près de 800 domaines qui imitent ou utilisent le nom de ces plateformes, jusqu’à 16 pour une seule.
  • Des vidéos YouTube. Des vidéos d’« analyse » sous le nouveau nom, qui renvoient vers l’inscription par les mêmes domaines de redirection. Nous le racontons dans notre enquête sur YouTube.
  • Des noms en réserve. Nous avons trouvé environ 2 500 noms qui ont déjà des « avis » sur ces sites mais que nous n’avons pas encore vus dans des publicités. Nous surveillons l’apparition de nouveaux domaines portant ces noms.

Comment les reconnaître même si le nom change

  1. Ne rien trouver sur le nom n’est pas bon signe. Un vrai établissement a des années d’historique, une société immatriculée et un agrément que vous pouvez vérifier.
  2. Méfiez-vous des noms qui « sonnent » finance dans votre langue mais ne veulent rien dire. Aucun établissement régulé ne s’appelle ainsi.
  3. Vérifiez la société, pas la marque, dans le registre des sociétés autorisées du régulateur (en France, celui de l’AMF). Voici comment vérifier qu’un broker est autorisé. Si elle n’y figure pas comme autorisée, n’investissez pas.
  4. Si la publicité met en avant une célébrité, c’est une arnaque, quel que soit le nom de la plateforme. Consultez le classement des célébrités les plus usurpées.
  5. Cherchez la plateforme sur ce site. Si nous l’avons déjà vue, vous trouverez sa fiche avec les domaines et les faux avis associés.

Si vous vous êtes déjà inscrit ou si vous avez déjà payé, suivez ces étapes au plus vite.

Méthodologie

Nous avons analysé les 201 plateformes relevées par notre équipe dans des publicités entre le 26 octobre et le 3 novembre 2026, les domaines trouvés par des recherches et par la surveillance des certificats, ainsi que les dates de publication des avis d’après les plans de site (sitemaps) des sites qui les publient. Les chiffres sont un minimum.

Résumé hebdomadaire des plateformes d’investissement frauduleuses que nous détectons dans les publicités sur les réseaux sociaux.Lire le rapport de la semaine →

Déjà inscrit ou déjà payé ?

  1. Ne payez plus rien, même si l’on vous réclame des « taxes » ou des « frais » pour débloquer votre argent.
  2. Appelez votre banque aujourd’hui : faites bloquer votre carte et demandez une rétrofacturation (chargeback) ou le rappel du virement. Plus vous agissez vite, plus vos chances sont grandes.
  3. N’installez rien de ce qu’ils demandent (AnyDesk, TeamViewer…). Si c’est déjà fait, désinstallez le logiciel et changez vos mots de passe.
  4. Portez plainte auprès de la police et signalez-le au régulateur de votre pays. Conservez captures d’écran, e-mails et numéros de téléphone.
  5. Méfiez-vous des sociétés de « récupération de fonds » qui vous promettront de récupérer votre argent contre paiement : c’est presque toujours une seconde arnaque.

À lire aussi

Guides sur les arnaques à l’investissement