Enquête : les médias que les arnaques à l’investissement copient le plus

Mis à jour le 7 novembre 2026 · 5 min de lecture

Dans cet article
  1. Ce que nous avons fait
  2. Les médias les plus copiés
  3. Dans certains pays presque toujours, dans d’autres presque jamais
  4. Pourquoi copier un journal
  5. Comment distinguer la copie du vrai journal
  6. Limites de cette enquête

En bref : nous avons examiné une par une 421 captures des pages vers lesquelles mènent les publicités d’investissement avec des célébrités, prises du 2 au 6 novembre 2026 dans 25 pays. 163 d’entre elles (39 %) imitent un vrai média ou un site de gouvernement : elles copient son logo, son bandeau et son menu. Nous avons relevé 40 médias et organismes différents dans 20 pays. Dans chaque pays, les escrocs choisissent le média de référence : El Tiempo en Colombie, Rai News en Italie, Blick en Suisse ou Index en Hongrie.

Ce que nous avons fait

Nos contributeurs cliquent sur des publicités d’investissement qui utilisent des célébrités et enregistrent une capture de la page d’arrivée. Nous regardons le haut de chaque capture et notons quel média ou organisme était imité. Nous ne comptons un cas que lorsque le logo ou le bandeau du média était visible, pas lorsque le texte le citait seulement.

Les captures coupent la barre du navigateur et parfois une partie du bandeau. Ces chiffres sont donc un minimum : certaines pages classées « sans média identifiable » copiaient probablement aussi un média.

Les médias les plus copiés

Média ou organisme imité Pays Captures
El Tiempo Colombie 25
Rai News Italie 24
Blick Suisse 11
Index Hongrie 9
Site du gouvernement italien (Presidenza del Consiglio) Italie 8
Hürriyet Turquie 8
La Nación Argentine 7
la Repubblica Italie 6
Público Portugal 5
Expresso Portugal 4
Le Soir Belgique 4
SRF Suisse 4
GhanaWeb Ghana 4
infobae Argentine et Colombie 4

D’autres médias apparaissent aussi, avec moins de cas : Al Bayan (Émirats arabes unis), CNN en Español, TN et Clarín (Argentine), HLN (Belgique), ECO (Portugal), tagesschau et Bild (Allemagne), BBC (Royaume-Uni), RTS et NZZ (Suisse), El Mundo (Espagne), Corriere della Sera et TG La7 (Italie), BFM Business, TF1 Info et franceinfo (France), Skai (Grèce), Sponichi Annex (Japon), ARISE News et Punch (Nigeria), Aftonbladet (Suède), Yahoo News (Singapour) et le site du ministère des Finances des Émirats arabes unis.

Ces médias sont des victimes. Ils n’ont rien à voir avec les publicités : quelqu’un copie leur design pour que l’arnaque ressemble à un article d’actualité.

Dans certains pays presque toujours, dans d’autres presque jamais

Le pourcentage varie beaucoup selon le pays :

Pays Captures examinées Imitent un média ou un organisme
Colombie 31 87 %
Hongrie 11 82 %
Turquie 10 80 %
Italie 60 68 %
Belgique 11 64 %
Portugal 20 60 %
Suisse 41 44 %
Argentine 46 33 %
France 30 10 %
Espagne 36 6 %
Grèce 21 5 %

En Colombie, en Hongrie ou en Turquie, l’« article » porte presque toujours le bandeau d’un journal connu. En Espagne, en France ou en Grèce, les pages ont souvent un design de journal à elles, avec un nom inventé, ou imitent une émission de télévision sans copier le logo de la chaîne. Le message est le même : cela ressemble à de la presse, mais ce n’en est pas.

Pourquoi copier un journal

Une publicité d’investissement éveille la méfiance. Un article d’actualité, beaucoup moins. En copiant le design d’un média connu, l’arnaque lui emprunte sa crédibilité :

  • La célébrité semble interviewée par de vrais journalistes, et non payée pour une publicité.
  • La plateforme semble un sujet d’actualité, avec la date du jour et des commentaires de lecteurs.
  • Parfois, l’« article » raconte un événement inventé : une fusillade, une arrestation ou une interview coupée en direct. Nous l’expliquons dans la célébrité « agressée », l’appât des arnaques.

En Italie, huit pages imitaient en outre le site de la Présidence du Conseil, avec les armoiries et le menu officiels. C’est la même idée poussée plus loin : ce n’est plus une actualité, c’est un programme officiel. Nous détaillons d’autres cas d’usage d’organismes dans comment les arnaques utilisent les régulateurs.

Comment distinguer la copie du vrai journal

  1. Regardez l’adresse. El Tiempo est sur eltiempo.com et Rai News sur rainews.it. La copie se trouve sur un autre domaine, souvent sans rapport avec le média (en Espagne, nous avons trouvé une page de laSexta sur lasextanews[.]com). Nous en parlons dans ce que révèlent les liens des publicités.
  2. Cliquez sur le menu. Sur la copie, les rubriques ne mènent nulle part ou mènent toutes au formulaire.
  3. Cherchez l’article sur le vrai site du média. S’il n’y est pas, il est faux.
  4. Regardez comment il se termine. Un journal ne met pas de formulaire pour laisser votre téléphone à la fin d’une interview.
  5. Méfiez-vous si la célébrité « révèle son secret » pour gagner de l’argent. Aucun média ne publie cela comme une information.

Si vous avez déjà laissé vos coordonnées, lisez ce qui se passe après avoir laissé votre téléphone et suivez le guide pour les victimes.

Limites de cette enquête

  • Il s’agit des captures de cinq jours et des pays où nous avons des contributeurs. Au Canada, en Indonésie ou en Inde, nous n’avons identifié aucun média, mais nous avons examiné peu de pages.
  • Nous avons classé les captures à la main, à partir du haut de la page. Quand le logo n’était pas visible, nous avons compté la page comme « sans média identifiable ».
  • Une même publicité peut apparaître plusieurs fois si plusieurs contributeurs l’ont vue. Les chiffres comptent des captures, pas des publicités distinctes.
Résumé hebdomadaire des plateformes d’investissement frauduleuses que nous détectons dans les publicités sur les réseaux sociaux.Lire le rapport de la semaine →

Déjà inscrit ou déjà payé ?

  1. Ne payez plus rien, même si l’on vous réclame des « taxes » ou des « frais » pour débloquer votre argent.
  2. Appelez votre banque aujourd’hui : faites bloquer votre carte et demandez une rétrofacturation (chargeback) ou le rappel du virement. Plus vous agissez vite, plus vos chances sont grandes.
  3. N’installez rien de ce qu’ils demandent (AnyDesk, TeamViewer…). Si c’est déjà fait, désinstallez le logiciel et changez vos mots de passe.
  4. Portez plainte auprès de la police et signalez-le au régulateur de votre pays. Conservez captures d’écran, e-mails et numéros de téléphone.
  5. Méfiez-vous des sociétés de « récupération de fonds » qui vous promettront de récupérer votre argent contre paiement : c’est presque toujours une seconde arnaque.

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